Histoire de la Chapelle d’Haranbeltz

Un lieu de prière et d’accueil au cœur des montagnes basques depuis près de 900 ans
Aux origines d’un sanctuaire millénaire

La chapelle d’Haranbeltz, située dans le hameau du même nom sur la commune d’Ostabat-Asme, est l’un des plus anciens lieux de culte du Pays Basque. Sa première mention écrite remonte à 1129, ce qui en fait un témoin rare et précieux de la vie religieuse médiévale dans la région.

À l’époque, Haranbeltz n’est pas simplement un lieu de prière : c’est aussi un prieuré-hôpital. On y accueillait les pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle, un chemin alors déjà bien établi et très fréquenté. Ces hommes et ces femmes, venus parfois de très loin, trouvaient ici un toit, un repas chaud, un moment de repos… et une main tendue.

Ce prieuré n’appartenait pas à un ordre religieux traditionnel. Il était dirigé par une communauté de donats hospitaliers : des laïcs engagés par des vœux simples, qui vivaient sur place, entretenaient les bâtiments, cultivaient la terre et prenaient soin des pèlerins. Ils élisaient leur propre prieur, selon un mode d’organisation original pour l’époque.

Intérieur Chapelle
Une architecture empreinte de simplicité et de symboles

La chapelle actuelle date des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, bien qu’elle ait été modifiée à plusieurs reprises au fil du temps. Elle est construite en pierre locale, selon les canons de l’art roman rural, sobre et massif.

Le bâtiment se compose d’une nef unique avec un chevet plat. La porte d’entrée, en arc en plein cintre, est surmontée d’un tympan orné de symboles chrétiens anciens : un chrisme, une croix de Malte et une étoile à cinq branches, évoquant à la fois la foi, la protection et la lumière divine.

Un clocher trinitaire typique, percé de deux baies pour les cloches, domine le toit. Le porche, à deux niveaux, accueillait probablement les donats ou les visiteurs de passage. Tous ces éléments contribuent à faire de la chapelle un lieu modeste mais profondément symbolique.

Dédiée à Saint Nicolas, protecteur des voyageurs

La chapelle d’Haranbeltz est placée sous la protection de Saint Nicolas, saint patron des voyageurs, des marins, mais aussi des enfants. Ce choix n’est pas anodin : Saint Nicolas est une figure très vénérée dans tout le monde chrétien médiéval, et son intercession était particulièrement invoquée par ceux qui prenaient la route, souvent au péril de leur vie.

Aujourd’hui encore, son nom résonne dans les prières des marcheurs et des habitants. Une statue lui est dédiée à l’intérieur du bâtiment, et ses représentations sont parfois visibles sur les objets ou les décors anciens.

Un refuge pour les pèlerins du chemin de Saint-Jacques

Située à proximité d’Ostabat-Asme, lieu de convergence des trois grandes voies jacquaires françaises (la voie de Tours, la voie de Vézelay et la voie du Puy-en-Velay), Haranbeltz a toujours été un lieu de passage privilégié sur le chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Des milliers de pèlerins, venus de toute l’Europe, sont passés par là, parfois à pied, parfois à cheval, souvent seuls, parfois en petits groupes. Ils y trouvaient non seulement un toit, mais aussi une chaleur humaine, un geste d’hospitalité qui faisait toute la différence après des jours de marche.

Aujourd’hui encore, la chapelle attire chaque année des randonneurs et des pèlerins, en quête de spiritualité, de nature et de sens. Le silence qui y règne, le vent qui souffle dans les collines, les pierres anciennes chargées de mémoire… tout invite à la contemplation.

Intérieur Chapelle
Une chapelle sauvée et entretenue par ses habitants

À la Révolution, en 1795, la chapelle fut vendue comme bien national. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : les quatre familles de donats du hameau d’Haranbeltz ont décidé de racheter ensemble la chapelle, pour qu’elle continue à vivre. Ce geste de solidarité et d’attachement à la terre et aux traditions a permis de préserver le lieu à travers les siècles.

Aujourd’hui, certains descendants de ces familles vivent encore dans le hameau, perpétuant la mémoire et l’esprit d’Haranbeltz. Une association a été créée pour veiller à l’entretien et à la mise en valeur du site. Des travaux de restauration ont été menés entre 2008 et 2010, avec le soutien de collectivités et d’amoureux du patrimoine. La chapelle est désormais inscrite au titre des Monuments Historiques.

Un héritage vivant, tourné vers l’avenir

La chapelle d’Haranbeltz n’est pas figée dans le passé. Elle continue d’accueillir des visites, des événements culturels, des moments de prière ou de rencontre. Elle est à la fois un lieu de mémoire et de spiritualité, un repère pour les promeneurs, et un témoin silencieux de l’histoire basque.

En marchant jusqu’à elle, en poussant sa porte, chacun devient dépositaire d’une histoire ancienne. Celle des chemins, de l’hospitalité, de la foi et des gestes simples. Haranbeltz n’est pas seulement une chapelle : c’est un espace de transmission, un écho du passé qui parle encore au présent.